La victoire des Verts, un vote de bobos urbains?
(Publié sur Marianne) Nous ne disposons pas encore d'analyse sociologique du vote. Mais une lecture détaillée des résultats nous instruit sur le vote écologique : il est plutôt parisien et très fort dans les villes encore épargnées par le chômage.Les listes d’Europe-Ecologie ont indéniablement réalisé une performance avec les résultats des élections européennes, moins d’un point derrière le PS au niveau national. Mais c’est en Ile-de-France et dans le Sud-Est que les résultats sont encore plus contrastés. Dans ces régions, les écologistes sont devant le PS, avec 7 points d’avance sur Paris et sa région et 4 points d’avance pour la circonscription « Nice-Marseille-Lyon ». Ailleurs, même sensiblement, le PS garde le leadership à gauche. Comment expliquez ces écarts ?
La fracture entre Paris et la banlieue
Les listes d’Europe-Ecologie flirtent avec les 30% dans Paris intra-muros et dépassent les 34% dans certains arrondissements – le 2ème, le 3ème, le 10ème et le 11ème. Dans le même temps, le Parti socialiste fait un score historiquement bas, loin derrière les écologistes (15 à 20 points de retard) dans la plupart des arrondissements de gauche. Avec 50% d’abstention sur la ville de Paris, donc une abstention inférieure à la moyenne nationale, il nous est donc possible de supposer que l’électorat socialiste s’est déporté vers un électorat écolo. Les « bobos » n’ont pas massivement boudé les urnes. Au contraire, ils ont manifestement tenu à exprimer leur priorité, une priorité pas forcément marquée par l’inquiétude sociale suscitée par la crise.
Et pour cause, l’Ile-de-France, dynamisée par Paris, est la région de France où le chômage augmente le moins, a fortiori le chômage de longue durée – au-delà d’un an – qui n’augmente que d’1,5% par rapport à l’année passée. Ce constat se confirme lorsque l’on met en perspective ces résultats de Paris avec ceux de la banlieue, où l’abstention est nettement plus forte, notamment dans les banlieues délaissées. En Seine Saint-Denis, l’abstention atteint ainsi les 67% et c’est là que le score des listes écologistes est le plus faible, seulement 2 points au dessus du Parti socialiste, qui plafonne invariablement à 15%. Dans ces zones fortement touchées par la crise, l’électorat de gauche ne n’est donc pas reporté de façon conséquente sur les listes de Cohn-Bendit. Un constat qui se vérifie lorsqu’on constate que l’écart se creuse de nouveau entre les Verts et le PS dans le département des Haut de Seine (20 contre 12), où l’abstention se rapproche sensiblement de la participation parisienne (54%).
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