De la Justice et de la Paix durable en Algérie ?

Publié le par cedric o

Cet article s'intéresse au cas très particulier de la Guerre Civile Algérienne et tente d'examiner les conditions de la résolution de ce conflit. Il s'interroge sur la pertinence de la Concorde Nationale Algérienne. Etait-elle juste ? Etait-ce la seule solution pour rétablir la Paix ? Doit-on accepter d'oublier les crimes du Passé pour construire l'avenir ?
 
1. La politique de concorde nationale menée en Algérie s'inscrit dans la logique du compromis. Elle devait mettre fin à la guerre civile qui durait depuis dix ans et avait fait plus de 200 000 morts et disparus. La Force ayant été un échec pour résoudre ce conflit, il a fallu envisager d'autre voies, la voix de la négociation n'étant pas acceptable, le Pouvoir Algérien a posé les termes d'un compromis « à prendre ou à laisser ». Il a ainsi promis et mis en oeuvre une réintégration complète dans la société (travail, logement, etc..) de tous les miliciens acceptant de déposer les armes. La Concorde Nationale devait rétablir la paix civile. Aujourd'hui, la paix civile est rétablie.
 
2. Cette solution était-elle inéluctable ? Pouvait-on envisager d'autres voix pour résoudre la guerre civile Algérienne ? Que penser de tous ces terroristes purement et simplement blanchis pour avoir renoncé à continuer leur lutte ? Au bout du compte, l'objet de notre questionnement ici est : cette solution était-elle vraiment juste ?
 
3. La Concorde Nationale était inéluctable et c'est parce qu'elle était juste qu'elle était devenue inéluctable. Il convient donc de s'interroger sur ce qu'est la justice en pareil cas. La guerre civile, plus encore que les autres guerres, est injuste. Elle est injuste parce qu'elle est faite, comme les autres guerres, au nom de valeurs prétendument universelles. Non seulement la prétention à l'universalité de quelconque valeurs est une hérésie en soi, mais a fortiori, dans le cas Algérien, les valeurs défendues portaient en elle l'exclusion. La guerre civile est injuste parce qu'elle oppose des milices armées à ceux qui n'ont aucun moyen de se défendre. Elle est donc inégale par définition. Elle est injuste encore, dans le cas Algérien, parce qu'elle instrumentalise une situation de faiblesse - la misère sociale qui régnait en Algérie à la fin des années 80 - pour manipuler et ôter les consciences du plus grand nombre. Face à une situation de telle injustice qu'il n'est pas besoin de préciser d'avantage, la justice consistait d'abord et avant tout à rétablir la paix, pour faire vivre une multiplicité de valeurs, pour faire cesser les ignominies dont les faibles étaient les premières victimes, pour sortir de l'angoisse permanente et permettre une prise de conscience dans une relative sérénité.
 
4. La justice dans le cas d'une guerre civile, c'est donc la possibilité de vivre ensemble, en paix, parce que seule la paix peut permettre la construction d'une alternative. Le pouvoir Algérien devait convaincre, vaincre avec l'autre et non pas contre l'autre s'il voulait donner de l'espoir, une possibilité, de vivre en paix. Pour convaincre, il lui fallait établir les termes d'un compromis non négociable « ici et maintenant », « à prendre ou à laisser ». Le compromis devait être suffisamment convaincant pour être légitimement accepté sans négociation. Le compromis ne devait pas pouvoir être négocié pour qu'il soit un outil de réaffirmation du pouvoir. Un compromis à la fois convaincant et non négociable ouvrait ainsi la voix, non d'une alternative, mais d'une possibilité d'alternative. Voilà l'essence même de la Concorde Nationale décrétée par le Pouvoir Algérien. La promesse et la réalisation d'une réintégration totale au sein de la société civile en échange d'un abandon total du terrorisme.
 
5. De la justice dans le Passé, le Présent et l'Avenir. La Concorde Nationale Algérienne satisfait les exigences de Justice sur deux de ces perspectives. Le Présent et l'Avenir. Elle est juste parce qu'elle a rétabli la Paix, la Justice au Présent. Elle est juste parce qu'elle a ouvert la possibilité d'une alternative, la justice dans l'Avenir. Nous pouvons donc conclure qu'elle a atteint ses objectifs primordiaux, reste alors deux questions non sans polémiques. Doit-on accepter l'oubli, dans un pareil cas, au moins temporairement, pour esquisser l'espoir d'un rétablissement de la Justice et de la Paix. Et dans quelle mesure ce rétablissement est durable s'il est fondé sur l'oubli du Passé ?
 

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