Vive l'Etat social-républicain!

Publié le par cedric o

Cet article tend à démontrer qu'il est possible d'articuler dans un dessein commun le projet républicain et la philosophie de Marx pour construire une société meilleure, une république sociale.
 
1. Le marxisme est une philosphie neutraliste : c'est un problème en soi étant donné qu'elle prétend à l'exitence d'une vérité préalable qui s'impose à nous. Le marxisme va ainsi à l'encontre de toute négociation ou de tout dialogue entre les hommes. Il dit : "voilà quelle est la vérité, voilà ce qu'est la justice, il suffit de l'appliquer". Cela nie le pouvoir de création de l'homme, la volonté commune de vivre ensemble et, nécessairement, d'établir ensemble des règles de vie.
 
2. Nous aurions tord de considérer que le champ d'action de l'Etat est prédéterminé, idéologiquement et j'oserai dire... géographiquement... Il semble préférable de considérer que l'Etat ne serait que le fruit d'une convergence, d'un dialogue sincère et de bonne foi entre les hommes. L'Etat ne serait donc régi, en soi, par aucun principe ahistorique ou atemporelle ; il serait le produit renouvelé en permanence de relations sincèrement dialogiques entre les hommes.
 
3. Marx conçoit donc l'Etat et ne peut le concevoir, étant donné ce positionnement neutraliste, que comme un instrument. De facto, il en vient à conclure que si c'est un instrument, il suffit de savoir qui l'utilise pour savoir qui en profite. Fort logiquement, la classe dominante s'est appropriée l'Etat et l'utilise donc pour ses propres intérêts "égoïstes" de classe. La logique de Marx est inéluctable. Reste que c'est franchement rigide pour ne pas dire dogmatique . L'Etat ne peut être, en conséquence, qu'un instrument d'oppression. Là, on est au coeur de l'analyse marxiste et j'interviens promptement.
 
4. Concevons l'Etat comme une réalisation commune, en perpétuelle création, plutôt que comme un instrument. L'Etat devient la chose commune elle-même, l'incarnation de la res publica, de toi, de moi, des autres et de nous... L'Etat devient le lieu de l'émancipâtion du zoon politikon d'Aristote. Bref, l'Etat devient le coeur de la République. Nous nous confondons avec lui, dans la sphère publique, entendons nous bien. La sphère privée restant le lieu des libertés individuelles.
 
5. Se posent alors deux autres questions... Quelle est la place de la société civile entre la sphère publique et la sphère privé ? Comment mettre à contribution l'héritage marxien qui nous éclaire sur les mécanismes de domination entre classes ?
 
6. Je postulerai que la société civile n'a pas besoin d'exister en elle même. Dans la conception que je propose, l'Etat englobe les institutions, les représentés, les représentants et l'ensemble des mouvements politiques de toute nature (association, syndicats, groupes d'intérêts, etc...). L'Etat devient la sphère publique dans son intégralité. A contrario encore de Marx, il ne s'agit pas de dictature du prolétariat, ou d'une quelconque étape transitoire, l'Etat se réalise par une dynamique de convergence républicaine, par un dialogisme sincère. L'etat est alors l'incarnation de la société politique dans son ensemble. Il a vocation à durer par qu'il est le produit de la volonté commune dans laquelle tout un chacun peut s'identifier.
 
7. Quant à l'héritage marxien ? Marx cherchait un moyen de transcender les inégalités entre classes et les rapports de domination. Je crois que c'est là l'essence du marxisme. Marx a trouvé une mauvaise solution parce que ses postulats ontologiques étaient faux. J'entends ici dire que sa vision de la réalité était biaisée, les antagonismes entre classes étaient visibles et extrêmes à son époque. Il en en donc déduit que c'était une caractéristique intrinsèque du système. Ce n'est pas le cas. Il est difficile aujourd'hui de faire émerger ces consciences de classes justement parcequ'il est devenu difficile d'identifier ces classes.
 
8. Aujourd'hui, les antagonismes entre classes sont tout aussi intenses, mais beaucoup moins visbles et saisissables. Il convient donc de changer de perspectives. Ce qui est faux, ce n'est pas l'existence de classes (quelles que soient les manières dont on les définit!), ce n'est pas l'existence de rapport de domination entre ces classes (même si ceux ci sont plus complexes aujourd'hui!).
Ce qui est faux, je le répète, c'est son approche philosophique neutraliste qui produit nécessairement une théorie de la justice qui ne peut être que procédurale.... et qui induit le fait que l'Etat ne peut être qu'un instrument. Or, croire que l'on peut supprimer ces contradictions de classe en supprimant l'instrument d'opression... Le glissement semble évident. Un instrument n'a pas une fonction unique. Un couteau peut tuer et servir à mauvais usage. Il peut très bien être le contraire et permettre la survie dans une situation extrême. L'Etat n'est qu'un instrument et à ce titre il ne tient qu'à nous que de bien l'utiliser.
 
9.J'en conclue que l'intuition Jauressienne de la République Sociale est le produit de ce constat, peut être en vertue d'une raison pratique à laquelle Jaurès se fiait. Si l'on conserve donc l'essence du marxisme (la lutte des classes dominantes et dominées) et l'idée d'un Etat incarnant la chose publique et qui serait en perpétuelle évolution en vertu d'un dialogue constant entre les concitoyens, on aboutit au projet Républicain de Jaurès... une sorte de consociation qui transcende les contradictions entre classes, par la volonté de tous et dans l'intérêt de tous. L'idéal rousseauïste du gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple est donc possible dans nos démocraties modernes en vertu de l'Idéologie républicaine et marxiste. Vive la République Sociale !

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