Profession R'siste ?

Publié le par comet

(Publié sur Marianne) Martin Hirsch a inauguré le RSA en grande pompe, c'est-à-dire dans les médias. Lecteurs et électeurs ont été abreuvés de chiffres. Au fait, si on comparait la dépense d'état pour le bouclier fiscal et celle pour le RSA ?

Dessin de Louison (www.louison-et-les-crayons.blogspot.com)

Les chiffres disent tout et n’importe quoi. Ce doit être la raison pour laquelle, Gilles Carrez, député UMP et rapporteur du budget, a décidé de mettre en exergue dans son rapport annuel des « distorsions » non chiffrées dans l’application du bouclier fiscal. Entendez par là que des ajustements s’imposent dans l’exercice qui vient pour que le bouclier fiscal devienne une mesure réellement juste…

Rappelons tout d’abord que le bouclier fiscal est une mesure qui est censée plafonner les impôts à 50% des revenus. Deux ans plus tard, on apprend officiellement qu’il les plafonne au-delà des 50%. Explications.

Au rang des « distorsions » - une sémantique judicieusement choisie pour ne pas employer le terme de «cadeaux» - la comptabilisation, par exemple, de la CSG et des assurance-vie. Pour faire simple, elles apparaissent dans les impôts payés mais pas dans les revenus déclarés. Autre «distorsion» notable, « les revenus déclarés sont également minorés des frais et charges déductibles » explique les Echos. Et le quotidien économique de poursuivre : « Pour les dividendes d’actionnaires, par exemple, les revenus ne sont déclarés qu’à hauteur de 60% de ceux effectivement perçus, du fait des multiples abattements proposés ». Un bouclier fiscal qui plafonne donc en trompe l’œil les revenus à 50%, parce que la réalité de la mesure laisse penser que l’imposition des plus riches est dans les faits bien moindre…

Revenons-en donc aux chiffres, pour clore cette information qui n’est assurément pas pour déplaire à tous ceux qui, non sans impatience, guettent leur boite aux lettres, en attente du feuillet vert entérinant la déclaration finale de revenus de l’année 2008. En ce jour du lancement de ce que le gouvernement présente comme sa mesure sociale par l’intermédiaire de son Couteau suisse, juridiquement connu sous le nom de Martin Hirsch, mettons en perspective la dépense liée au RSA, dont on ne cessera de répéter sa dangerosité  avec la dépense liée au bouclier fiscal.

Le bouclier fiscal coûte 70 fois plus cher que le RSA par personne
D’un côté, un milliard et demi d'euros en plus pour le RSA, pour les pauvres donc à en croire la propagande gouvernementale, soit 3,4 millions de personnes. Une dépense annuelle de 441 euros en moyenne par personne. De l’autre, 578 millions d’euros de coût annuel pour le bouclier fiscal, pour les riches donc, toujours à en croire la propagande gouvernementale, soit 18 893 personnes concernées. Une dépense de 30 593 euros en moyenne par personne, soit près de 70 fois plus. Manifestement, même en temps de crise,le gouvernement est plus soucieux des finances des riches que de celles des pauvres. En même temps, cela parait logique : il tire ses voix davantage des classes aisées que des r'mistes, euh pardon, des R'sistes. 

Lundi 6 juillet, les heureux allocataires du premier RSA seront à quoi s’en tenir. Car si le RSA est une réforme inquiétante et qui ne permet pas la résolution du problème de l’emploi,  elle aura moins le mérite d’être l’arbre qui cache la forêt. Reste à savoir quand surviendra la déforestation ?

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