Hirsch sort du bois et propose le RSA jeunes

Publié le par comet

(Publié sur Marianne) Une « dotation autonomie » ou un « revenu jeunes actifs » en complément d’un RSA pour les jeunes travailleurs précaires. Les propositions de la commission jeunesse de Couteau suisse sur l'autonomie des jeunes relèvent soit de l'anecdotique, soit de l'imprudence.
 
Alors que vendredi encore, « l'Association des régions de France (ARF) réclamait "la mise en place immédiate d'une allocation d'autonomie pour les jeunes de 18 à 25 ans" », une allocation permettant aux jeunes de devenir autonomes financièrement, les propositions de Martin Hirsch semblent en réel  décalage avec les attentes des participants à la commission Jeunesse. Après 10 semaines tumultueuses , la quête d'une taupe, et un étrange jeu d'intox avec les participants à la commission, voici donc les propositions de Martin Hirsch. 

Une « dotation autonomie » plus que farfelue   
La commission Hirsch proposerait ainsi un capital disponible à tous les jeunes de 18 ans. « Quand bien même un jeune n’est pas dans une situation qu’on pourrait considérer comme constituant un risque social, ouvrant droit à une allocation, il doit pouvoir prétendre à un levier. » Un levier sous forme de capital constitué de trois parts différentes : une part variable qui se situerait entre 0 et 4000 euros selon les revenus des parents. Une seconde part dite « universelle » de 1000 euros. Une troisième part sous forme d’emprunt pouvant aller jusqu’à 10 000 euros.  

Ce scénario prévoirait ainsi de rendre disponible sous certaines conditions un capital allant de 10 000 à 15000 euros pour les jeunes âgés de 18 ans. Pour les trois quart d'entre eux, il ne pourrait excéder 13 000 euros dont près de 77% sous forme de prêt. Quant au financement d’une telle mesure, il est estimé entre 1,6 et 2 milliards et s’obtiendrait avec le redéploiement des allocations familiales actuellement versées aux familles dont les enfants ont plus de 18 ans. 

Cette « dotation » serait mobilisable afin d’accomplir certains projets : financer une aide à la recherche d’emploi allant jusqu’à 350 euros par mois, ou permettre un droit de tirage afin de financer le permis de conduire ou le coût d’une inscription à une formation (universitaire par exemple). Objectivement, on ne voit pas en quoi cette dotation en grande partie « remboursable » une fois que le jeune travaille constitue une véritable avancée sociale. Loin de sécuriser les jeunes dans leur parcours de recherche d’emploi ou leur parcours de formation, elle les met dans une position dans laquelle ils sont déjà redevables avant même d’avoir commencé à travailler. Car en réalité, cette solution reviendrait au fait que le jeunes soit obligé de s'endetter pour trouver un emploi ou faire des études, un comble quand on sait que l'objectif initial de la commission était de favoriser l'autonomie des jeunes.

Un « revenu jeune actif » en complément d’un RSA Jeune mais pas de réformes du système des bourses  
Pour les « primo demandeurs d’emploi » la commission Hirsch propose ainsi un « Revenu jeune actifs (qui) prendrait la forme d’une allocation dont le but serait de donner les moyens aux jeunes de subvenir à leurs besoins tout au long de l’accompagnement dont ils bénéficient. Ce dispositif serait complémentaire à l’ouverture du rSa pour les jeunes déjà salariés et insérés dans la vie professionnelle. ». Afin de ne pas encourager à l’arrêt des études, une période de carence serait envisagée entre la fin des études et le début de l’aide. Une aide dont le montant serait de 400 euros par mois et qui varierait sur la durée, de 3 à 10 mensualités, en fonction du niveau de formation initiale. Moins le jeune serait formé, plus ses droits s'étendraient. Une aide chiffrée à 400 millions d’euros.  

Quant aux jeunes poursuivant leurs études, c’est un dixième mois de bourse qui leur serait accordéen guise de prime, « la solution d’une refonte complète du système des bourses ayant été écartée ».Des étudiants dont l’autonomie serait donc toute relative puisque la bourse qui leur serait versée continuerait à être calculée en fonction des revenus des parents, et non de leur propre revenu comme le demandaient plusieurs syndicats étudiants. Coût du dixième mois de bourse : 167 millions d’euros. A cela, une revalorisation substantielle des stages de la formation professionnelle est envisagée, mais rien de réellement novateur pouvant changer la donne en profondeur. 

Enfin, pour les jeunes travailleurs précaires de moins de 25 ans, nos inquiétudes étaient légitimes. La commission Hirsch propose de mettre en place une bonification forfaitaire en fonction des heures travaillées ou plus simplement d’ouvrir le RSA aux jeunes qui ont travaillé un certain nombre de trimestres consécutifs, par exemple quatre. Selon le degré d’ouverture des droits au RSA, le coût serait estimé entre 200 et 500 millions d’euros. Là encore, on voit mal comment le dispositif RSA qui entérine la pauvreté durable chez les plus de 25 ans pourrait avoir des effets différents pour les plus jeunes.  

Globalement, les différents scenarii sont estimés entre 1 et 2 milliards d’euros. Si l’objectif initial de cette commission jeunesse était axé sur « la volonté de développer l’autonomie des jeunes c’est-à-dire leur capacité à pouvoir assumer intellectuellement et financièrement leur propre existence. (Car) les politiques publiques doivent être construites pour renforcer les capacités des jeunes à être les acteurs de leur vie » ; c’est le scepticisme qui prime chez les différents acteurs de cette commission. Une commission qui « ne va pas changer le monde étant donné qu'il n'y a pas de moyens ni d'engagements derrière », nous confie l'un des participants. Un avis largement partagé qui devrait s'exprimer lors de la dernière séance plénière de la commission mardi 23 juin. Car selon certain acteurs de la commission, «les propositions de Martin Hirsch auraient déjà été élaborées avant le début des travaux », en mars dernier. La commission n'aurait alors servi que d'écran de fumée en permettant au Haut-commissaire de faire passer ses propres idées sous le sceau d'une mascarade de concertation... Force est de constater ainsi que le « dévoué aux pauvres » - comme le nomme Libération de façon décomplexée - ne fait manifestement pas (ou plus ?) l'unanimité.  

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