Iran: cessons de prendre nos rêves pour des réalités

Publié le par comet

(Publié sur Marianne) Les journaux vantaient les mérites d'une société démocratique la semaine passée. Aujourd'hui, ils crient au scandale d'une élection volée. Il y a sans doute eu fraude électorale. Mais la réélection d'Ahmadinejad n'est-elle pas plutôt symptomatique d'autre chose ?

La réélection du populiste Ahmadinejad en Iran, au-delà du fait qu’elle ne change rien sur plan diplomatique, a mis en exergue la fausse naïveté de nombre de médias, au premier rang desquels, Libération et La Croix, visiblement en accord parfait sur la question. 

L’ethnocentrisme naïf des médias occidentaux

Depuis plus d’une semaine, les médias sont en effervescence autour de l’élection présidentielle iranienne. Libération du vendredi 12 juin faisait sa une sur « Le printemps de Teheran ». On pouvait lire qu’ « un vent de liberté souffle sur l’Iran. (...) ». Et le journal de se prendre « à espérer que l’Iran, trente ans après son repli sur foi, fera le pari d’une certaine ouverture. »

D’une part, rappelons que le dit « repli sur foi » de l’Iran est arrivé suite à la chute du Shah, leader d’une dictature soutenue et armée par les Etats-Unis des secrétaires d’Etat Kissinger et Brzezinski – tout deux opposés sur à peu près tout à l’exception de la nécessaire hégémonie américaine, une autre forme de foi…  

D’autre part, les médias se sont fait écho d’une démocratie mystifiée, dans laquelle chacun semblait avoir sa chance, avant de finalement retourner leur veste et leurs idées sur la démocratie iranienneparce que  leur candidat avait perdu. Incroyable scénario complètement déconnecté de la réalité. Oui, il y a eu des débats. Oui, il y a eu des élections. Oui, il y eu une forte participation. Oui, il y a sans doute eu fraude électorale. Mais, force est de constater aussi que le populisme d’Ahmadinejad a « convaincu ». Certes, on peut toujours pleurer dans les chaumières de Libé et La Croix, invoquer « L’Espoir brisé » comme légitimité après coup… Reste qu'en réalité, il n'y jamais eu véritablement d'espoir ailleurs que dans les colonnes de ces journaux, trop prompts à vanter les mérites d'une démocratie dont tout le monde savait déjà qu'elle était biaisée. Trop prompts à penser que Ahmadinejad, qui hérisse l'occident chaque fois qu'il prend la parole (notamment lorsqu'il tient des propos antisémites), serait défait.

Ahmadinejad aurait conservé le soutien des provinces et des plus pauvres
Pleurer n'y changera malheureusement rien : tout laisse à penser qu'Ahmadinejad aurait conservé le soutien des provinces et des plus pauvres, comme le signifiait un géographe spécialiste de l’Iran sur France Inter ce matin. Ce que Libé et la Croix n'ont pas vu, c'est que le fond de commerce du Président sortant – la lutte contre l’hégémonisme américain, notamment nucléaire, à défaut militaire avec l’Otan – fonctionne plus que jamais. Et que, dans ces conditions, Obama a commis une erreur (même s'il croyait bien faire) en soutenant à demi-mot le challenger d'Ahmadinejad, ce qui s'est avéré contre-productif

La victoire d’Ahmadinejad ne doit pas se comprendre vue de l’Occident, mais d’un pays en souffrance qui vit comme une humiliation permanente les leçons de morale venue d’Europe et d’Amérique, désormais si bien incarnées par l’interventionnisme croissant de l’OTAN. 

Libération a pêché par ethnocentrisme, paradoxal pour un journal qui avait considéré avec sympathie la victoire de Khomeiny en 1979... L'erreur de Libération est, aujourd'hui comme à l'époque, prendre ses désirs d'ici pour la réalité d'ailleurs.

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jazzmatazzz 23/06/2009 18:19

Voilà un article qui ne mérite pas tout ce cinéma médiatique! Il est probablement très proche de la vérité quand il parle de cet envoûtement des médias français pour le candidat Moussavi, et le fait de citer les coupables (Libération et La Croix) n'est pas un méfait.Continuez Cédric Omet.