Crise du lait : Barnier, impuissant un jour, impuissant toujours

Publié le par comet

(publié sur Marianne) Des producteurs de lait en colère, un ministre impuissant, une UE qui s'obstine à imposer une dérégulation menant à une concurrence sauvage. C'est le cocktail explosif d'une Europe en panne d'écoute à 15 jours des élections.


Le ministre de l’agriculture français n’y peut rien, l’Europe décide. C’est le tragique constat qu’on peut tirer de la réunion qui s’est tenue hier à Bruxelles. Un peu paradoxal pour celui se présente comme tête de liste UMP aux européennes en Ile-de-France et qui défend l’importance de l’échelon politique européen. Franchement déconcertant à 15 jours d’un scrutin que les Français boudent, précisément parce qu’ils ne se sentent pas écoutés. 

Pis, Michel Barnier clame son innocence dans cette crise. Il raconte partout qu’il n’est pas d’accord avec la décision prise par les 27. Qu’il aimerait qu’on rétablisse les quotas, que les producteurs laitiers ont raison de s’inquiéter, que l’Europe reste sourde… Mais n’a-t-il pas signé l’accord européen qui mettait fin aux quotas il y a moins de six mois ? N’a-il pas crié victoire en prétextant une dérégulation progressive du marché du lait ?  Une dérégulation progressive pour en arriver à une concurrence sauvage, dite « libre et non faussée », une loi érigée au rang de dogme et défendue par la commission européenne. Une commission qui, rappelons–le, n’est pas élue. Une commission qui, au contraire d’un Barnier plus spectateur qu’acteur, essaie de faire croire qu'il est juste de faire exploser tout type de régulation

Comment croire que Michel Barnier, futur chef de file des députés UMP européens, sera plus influent au sein du Parlement de l'UE qu'en tant que ministre français de l'Agriculture? Alors que le Parlement européen n’a manifestement aucun pouvoir, et n’est d’ailleurs ni consulté, ni associé au règlement de cette crise du lait. On ne peut que voir dans ce discours le signe d'une triste impuissance, invariablement contagieuse pour ces décideurs qui négocient, rédigent et signent des accords… qu’ils n’assument finalement pas. 

L’échec de la concertation sur le prix du lait entre les ministres de l’Agriculture de l'UE et autres commissaires européens cache en réalité une incroyable victoire. Celle de ces technocrates européens qui font le désamour des Français, non pas pour l’Europe, mais pour ses institutions et qui continuent à imposer autoritairement, en dépit des leçons de la criseleur vision d’un système où seul le marché est roi.

Retrouvez le site de Marianne 

Publié dans Articles Marianne

Commenter cet article