Mercredi 30 décembre 2009 3 30 /12 /Déc /2009 15:24

Article publié sur Marianne
Martin Hirsch est arrivé, en se pressant, et il a créé le RSA pour faire disparaître les pauvres. Au final, le projet a surtout réussi à compliquer la vie des chômeurs, et à alourdir la charge financière de départements qui seront bientôt incapables de répondre à la demande.



’inventeur autoproclamé du minima social qui incite à la reprise d’un travail – le RSA – qui  remplace un autre minima social qui fonctionnait peu ou prou de la même manière – le RMI – sans rien avoir changé à la situation des bénéficiaires – les pauvres – n’en  démord pas. Le RSA doit faire du chiffre vaille que vaille et le fait qu’il ait décroché le million avant la fin de l’année 2009 ne lui suffit pas. Le grand bond en avant dans la pauvreté devant aboutir à ce que chacun d’entre nous ait un parent, un enfant, au pire un cousin ou une vieille tante bénéficiant du RSA. Quitte à le filer aux jeunes plutôt que l’autonomie, quitte à brader les droits des chômeurs en le substituant à l’ASS (Allocation Spécifique de Solidarité). 

Vous l’avez compris, le RSA sera à la mode en 2010 et servi à toutes les sauces.

LE RSA OU LA CONSÉCRATION D’UN PAUVRE

Heureusement, Hirsch est là. Le RSA, c’est «pauvrevore». Chaque fois qu’un nouveau pauvre s’en vient, qu’il soit jeune ou vieux, qu’il ait des droits ou pas, il est désormais aspiré par le RSA, seule garantie qu’il reste définitivement pauvre, voire même qu’il s’appauvrisse avec le temps. Car dans les faits, le RSA, c’est un système très perfectionné qui subventionne le surplus de travail d’un salarié qui ne gagne pas grand chose pendant que son patron peut quant à lui déculpabiliser de sous-payer ce même salarié. En clair, c’est un système qui incite un salarié à travailler plus sans que son patron ne le paie plus, effet de seuil oblige. 
On pourra toujours se rassurer de l’embauche de 1000 CDD à Pole Emploi, probablement des futur ex rs’istes qui auraient profiter de l’ASS défendue par Wauquiez alors que Hirsch leur promettait le RSA. Bref, des futur ex-pauvres sortis de la pauvreté grâce à des plus pauvres qu’eux. 

Là, rien à faire, on ne peut pas dire que la politique de réinsertion sociale du gouvernement ne fonctionne pas. Ca deviendrait presque récurrent comme système. On a sauvé le système financier international pris dans les tourbillons d’une crise de surendettement en endettant les Etats. On sauve les pauvres d’une crise de l’emploi privé en créant des emplois publics pour s’occuper de ces pauvres. La mécanique est huilée, il y a de la cohérence dans cette affaire-là, et Hirsch n’y est pas pour rien, lui qui promettait le système miracle censé faire bosser tous ces « fainéants » de chômeurs.  En résumé, le RSA, c’est un transfert de charges qui allège le budget de fonctionnement des entreprises privées en alourdissant le budget de fonctionnement de l’Etat.

LE GRAND TIMONIER DES PAUVRES TOMBE DE SON PIÉDESTAL

En allant au bout du raisonnement, on en arriverait presque à défendre le fait que Pôle Emploi accélère l’externalisation du suivi des 340 000 chômeurs les moins compliqués à recaser. Martin Hisrch n’est assurément pas d’accord avec cela car c’est un ministre qui sort vraiment du rang ! Heureusement que le Nouvel Obs est là pour nous rappeler qu’il y a encore des rebelles en politique et mieux, qu’ils sont au gouvernement. Car Martin Hirsch est de ceux-là. Il s’est battu contre une partie de la gauche qui le qualifiait de traître et assimilait son système RSA à de la charité cachée. 
Il s’est battu contre une partie de la droite qui le qualifiait de transfuge et assimilait son système RSA à une aide sociale cachée. Bref, il s’est battu contre vents et marée pour imposer son système permettant d’aider les pauvres à rester pauvres… Une vrai victoire pour tous les chômeurs à venir. Qu’il se rassure ce million de personnes en fin de droit, le RSA accroît les inégalités sociales en favorisant le retour à l’emploi des mieux qualifiés, c’est-à-dire de ceux qui en ont le moins besoin et qui sont les moins nombreux dans la difficulté, quand il ne change presque rien à la situation des autres. Qu’il se rassure ce million de chômeurs en fin de droit qui file vers le RSA, les finances des départements n’ont jamais été aussi florissantes. Après tout, ils n’auront qu’à faire moins d’accompagnement et moins de suivi des milliers de personnes venues engorgées les files d’attente. Indéniablement, le RSA est pauvrevore car il finit même par appauvrir les départements.
Bref, avec le RSA, Martin Hirsch a réussi son coup. Il existe et certains s’égarent même à le qualifier de «ministre qui sort du rang ». Reste une question, la « sortie » en vaut-elle la chandelle ?

Retrouvez les autres articles de la série « Les fossoyeurs de l'emploi »

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Mardi 7 juillet 2009 2 07 /07 /Juil /2009 08:20
(Publié sur Marianne) Martin Hirsch a inauguré le RSA en grande pompe, c'est-à-dire dans les médias. Lecteurs et électeurs ont été abreuvés de chiffres. Au fait, si on comparait la dépense d'état pour le bouclier fiscal et celle pour le RSA ?

Dessin de Louison (www.louison-et-les-crayons.blogspot.com)

Les chiffres disent tout et n’importe quoi. Ce doit être la raison pour laquelle, Gilles Carrez, député UMP et rapporteur du budget, a décidé de mettre en exergue dans son rapport annuel des « distorsions » non chiffrées dans l’application du bouclier fiscal. Entendez par là que des ajustements s’imposent dans l’exercice qui vient pour que le bouclier fiscal devienne une mesure réellement juste…

Rappelons tout d’abord que le bouclier fiscal est une mesure qui est censée plafonner les impôts à 50% des revenus. Deux ans plus tard, on apprend officiellement qu’il les plafonne au-delà des 50%. Explications.

Au rang des « distorsions » - une sémantique judicieusement choisie pour ne pas employer le terme de «cadeaux» - la comptabilisation, par exemple, de la CSG et des assurance-vie. Pour faire simple, elles apparaissent dans les impôts payés mais pas dans les revenus déclarés. Autre «distorsion» notable, « les revenus déclarés sont également minorés des frais et charges déductibles » explique les Echos. Et le quotidien économique de poursuivre : « Pour les dividendes d’actionnaires, par exemple, les revenus ne sont déclarés qu’à hauteur de 60% de ceux effectivement perçus, du fait des multiples abattements proposés ». Un bouclier fiscal qui plafonne donc en trompe l’œil les revenus à 50%, parce que la réalité de la mesure laisse penser que l’imposition des plus riches est dans les faits bien moindre…

Revenons-en donc aux chiffres, pour clore cette information qui n’est assurément pas pour déplaire à tous ceux qui, non sans impatience, guettent leur boite aux lettres, en attente du feuillet vert entérinant la déclaration finale de revenus de l’année 2008. En ce jour du lancement de ce que le gouvernement présente comme sa mesure sociale par l’intermédiaire de son Couteau suisse, juridiquement connu sous le nom de Martin Hirsch, mettons en perspective la dépense liée au RSA, dont on ne cessera de répéter sa dangerosité  avec la dépense liée au bouclier fiscal.

Le bouclier fiscal coûte 70 fois plus cher que le RSA par personne
D’un côté, un milliard et demi d'euros en plus pour le RSA, pour les pauvres donc à en croire la propagande gouvernementale, soit 3,4 millions de personnes. Une dépense annuelle de 441 euros en moyenne par personne. De l’autre, 578 millions d’euros de coût annuel pour le bouclier fiscal, pour les riches donc, toujours à en croire la propagande gouvernementale, soit 18 893 personnes concernées. Une dépense de 30 593 euros en moyenne par personne, soit près de 70 fois plus. Manifestement, même en temps de crise,le gouvernement est plus soucieux des finances des riches que de celles des pauvres. En même temps, cela parait logique : il tire ses voix davantage des classes aisées que des r'mistes, euh pardon, des R'sistes. 

Lundi 6 juillet, les heureux allocataires du premier RSA seront à quoi s’en tenir. Car si le RSA est une réforme inquiétante et qui ne permet pas la résolution du problème de l’emploi,  elle aura moins le mérite d’être l’arbre qui cache la forêt. Reste à savoir quand surviendra la déforestation ?

Retrouvez cet article sur le site de Marianne
 
Mes articles sur le même sujet :
. Le RSA ou la pauvreté durable
. RSA : Hirsch bluffe, les médias valident

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Dimanche 5 juillet 2009 7 05 /07 /Juil /2009 14:00
 (Tribune publiée sur Marianne) Un collectif qui s'installe dans un supermarché pour un pique-nique gratuit et qui se sert dans les rayons. Des femmes qui s'en vont dévaliser les grands magasins pour manger parce que les salaires ne suffisent plus. La frontière entre le réel et l'imaginaire s'estompe. C'est à la fois drôle et tragique et ça se passe du côté de chez nous.

Faut pas payer ! Voilà comment ces mots de Dario Fo prennent forme un vendredi de juillet 2009 au détour d’un Cartier libre de Caroline Cartier sur France Inter. Dario Fo, Nobel révolté d’une littérature sans nationalité, auteur génial qui a arpenté toute sa vie durant les estrades des usines pour diffuser au peuple ouvrier sont théâtre si drôle. Dario Fo, qui attendit l’âge de 80 ans pour traduire ses engagements politiques et se présenter à la municipalité de Milan, plébiscité comme meneur de l’opposition. 

Et voilà que le dramaturge surgit incidemment à l’oreille des auditeurs de la matinale d’Inter au fil d’un reportage sur le collectif « L'Appel et la pioche ». Un collectif qui s’installe dans les grandes surfaces pour organiser des pique-niques. « Chacun déroule sa nappe, se sert dans les rayons et consomme sur place. Cette fois, c'était chez Auchan à Bagnolet. » Et on entend, tout droit sorties du machin radiophonique, ces paroles de citoyens qui revendiquent le droit de se servir dans les « profits » de ceux qu’ils engraissent tous les jours en faisant leurs courses, les actionnaires d’Auchan en l’occurrence. Ils sont une quinzaine au départ, la bonne humeur règne, des passants sont convaincus, la direction ne peut plus rien faire, point d’agressivité, point de violence, ils finissent par rassembler plus d’une quarantaine de personnes.

Imaginez ces nappes blanches à carreaux répandues à même le sol et ces gens qui circulent dans les rayons pour grignoter leur saucisson cornichon avec une canette de coca-cola, et manger leur yaourt Danone avec la fierté de s’être approprié un bien qu’il est leur dû, parce que toutes les autres fois, ils l’achètent à un prix bien trop élevé. Vous ne rêvez pas, ça se passe en France et c’est la réalité. La réalité aussi que ces robins des bois des supermarchés qui vont demander, très poliment, le droit d’emporter gratuitement des caddies remplis de nourriture. On est 2009, chacun en pensera bien ce qu’il veut, mais le réel, c’est que des gens en soient arrivés là, aient imaginé ce stratagème, la crise étant trop criante, les écarts trop grands. 

C’est là que l’éternel compagnon de Franca Rame, Dario Fo en personne, se matérialise. Lui qui a écrit en 1973, alors que l’Italie connaissait la crise, « Non si paga, non si paga ! ». « Faut pas payer » en français. Une farce délicieuse et grave sur ces bonnes femmes exaspérées par la cherté de la vie et qui décidèrent l’auto-réduction des prix dans les supermarchés. Qui les dévalisèrent finalement aux cris frénétiques des « Faut pas payer ! ». Et tout cela dans la cachotterie, parce que leur mari aurait eu honte de ne pas gagner assez la croûte en travaillant pourtant corps et âmes. 

C’est le cœur noué que l’on assiste à cette tragique comédie qui incarne si justement les contradictions d’une autre époque, de notre époque, où des gens qui travaillent n’arrivent toujours pas à subvenir à leurs besoins. Un comble ! Délocalisation des usines, chômage, faim, loyers impayés, tout est déjà dans cette pièce des années 1970. Et l’étrange ressemblance des discours de ces gens « entendus à la radio » sur le chemin du travail, un matin de juillet 2009 sur France inter juste avant journal de 8h00, l’étrange ressemblance interpelle… Bouleversante.  

« Faut pas payer ! » & « Mort accidentelle d’un anarchiste », Dario Fo, aux Editions Dramaturgie, 19 euros.   

Retrouvez cette tribune sur le site de Marianne 

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L'actu du mois !

Faut pas payer !
Un collectif qui s'installe dans un supermarché pour un pique-nique gratuit et qui se sert dans les rayons. Des femmes qui s'en vont dévaliser les grands magasins pour manger parce que les salaires ne suffisent plus. La frontière entre le réel et l'imaginaire s'estompe. C'est à la fois drôle et tragique et ça se passe du côté de chez nous.


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Débat : le RSA !

Le RSA, c'est le RMI en pire
Le Monde fait naïvement l’apologie du RSA et de Martin Hirsch. Un Rsa qui entérinerait une république des Békés s'il était mis en application dans les départements d'Outre-mer, tant les craintes sur la pression à la baisse des salaires et l'intensification du travail au noir se font jour.

Le RSA tue la valeur travail
Une réforme présentée comme révolutionnaire parce qu'elle est censée résorber le problème de la précarité alors même qu'elle aggrave la situation existante: la réforme de Martin Hirsch n'est qu'une opération de com' de plus d'un gouvernement qui n'a de cesse de faire des cadeaux aux plus riches.

Le RSA, une bombe à retardement pour les départements !
La baisse des dépenses d'insertion dans les départements est un trompe l'oeil : elles risquent au contraire d'exploser l'année prochaine, avec la mise en oeuvre du RSA et le manque de personnel devenu patent

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Chez nos voisins du Monde...

La Jeunesse sahraouie aux portes du pouvoir
Les jeunes s'organisent. Point d'islamisme pour ces réfugiés enfermés dans le désert. Ce sont des collectifs à la cubaine qui prennent forme, réussissant à fédérer d'un côté les jeunes de l'Intifada et de l'autre la jeunesse des camps, s'imposant clairement comme une force politique en devenir.

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